Beaucoup de voix s’élèvent pour s’inquiéter de la persistance de la congestion des routes kinoises, estompant ou ralentissant sensiblement la circulation et, de ce fait, les activités.

Il est dès lors important de s’interroger sur les causes et de rechercher les solutions à ces encombrements.

De fait, en matière de transports et mobilités, des diagnostics avaient déjà été posés, et les actions et mesures à moyen et à long terme prévues par le Schéma d’Orientation Stratégique de l’Agglomération Kinoise (SOSAK) en application duquel le Plan Directeur des Transports de Kinshasa (PDTK) avait été conçu.

Il nous semble néanmoins possible, en attendant que ces résultats aboutissent, d’initier des actions impactant sur cette congestion à plus courte échéance, tout en gardant la logique du PDTK.

Diagnostics et plans d’action du SOSAK et du PDTK au sujet de la congestion des routes

Reprenant les conclusions du diagnostic auquel il avait fait participer un échantillon de la population, le SOSAK avait noté, du point de vue de l’aménagement urbain, une forte centralité cristallisée par la Commune de la Gombe et un fort enclavement dans presque toutes les Communes, causé ou manifesté par :

  • Des rues trop étroites à l’intérieur de la plupart des Communes,
  • Le mauvais état des routes, constituant aussi un frein important à la circulation,
  • Les moyens de transport en commun insuffisants,
  • La quasi-absence d’organisation du système de transport pour certains quartiers (pas de terminus, ruptures de charges obligatoires même pour aller au centre-ville, arrêts très éloignés et distances à pied trop importantes)

Les aspects comportementaux non-négligeables et observés au quotidien sur les routes kinoises :

  • Absence ou contrôles « intéressés » des agents de la police de circulation à même la voie, entraînant de nombreux embouteillages
  • Du fait de la quasi-absence du service public de transport, comme des transports privés incommodes, irrespect des règles élémentaires de civisme et de courtoisie, et pratiquant des courses de courte distance et des prix élevés lorsqu’ils ne sont pas soumis à concurrence, le cas particulier de taxi et taxi-bus,
  • Dysfonctionnements techniques de nombreux véhicules en circulation, entraînant pannes et accidents sur la voie publique et réduisant notablement la fluidité de la circulation,
  • Rétrécissement de certaines chaussées du fait de leur occupation pour étaler les marchandises ou comme lieux d’attente de moyens de transport, et les traversées intempestives et imprudentes de la chaussée par les piétons…

Des solutions de transports sont aussi proposées pour combattre la congestion des routes

Le SOSAK, tout en retenant comme principes notamment la mobilité des personnes et le désengorgement des voies, le transport de masse et l’accélération de la vitesse des déplacements, la structuration du réseau complet autour de modes structurants, de proposer comme piste pour la mise en œuvre de son schéma, en ce qui concerne les transports et la mobilité :

  • De privilégier un ou deux modes lourds, tels que le train urbain et le transport en site propre renforcé, après identification des axes lourds sur lesquels seront implantés ces modes, et le reste du réseau (bus) sera organisé en fonction des arrêts le long de ces axes (pôles multimodaux).
  • D’étendre la grande maille de voirie primaire sur l’ensemble de la zone urbanisée, pour permettre à chaque habitant, autant que faire se peut (sur la base d’un « quadrillage » de la ville en carrés de 2 km sur 2 km), de se situer à moins d’un kilomètre d’une voie importante sur laquelle il existe un réseau de transport structuré.
  • De désengorger le centre-ville et mettre en place dans d’autres zones, des conditions favorables pour la création d’autres pôles d’activité et de commerces spécialisés et équipés, faire cesser l’aspect banlieue dortoir et réduire les déplacements domicile-travail, bref de passer de la centralité à la multi-centralité de la ville.

Et le PDKT dans tout ça ? 

Le programme PDKT, prenant en compte les enjeux de la problématique des transports, s’inscrit dans la stratégie d’aménagement urbain de Kinshasa en tant que solution intégrée aux divers problèmes urbains, aux contraintes spatiales, environnementales et aux possibilités d’aménagement futur en zones fonctionnelles, et en application du SOSAK, proclame la mise en œuvre du développement d’un transport multimodal (projets de chemin de fer, de bus à haut niveau de service – BHNS ou BRT -, de bus et para-transit, de transport fluvial) de la gestion du trafic, de la sécurité routière, et prévoit des dispositions institutionnelles et financières…pour les horizons 2030 et 2040.

Sentiment d’insatisfaction des usagers, en dépit de l’existence de ces plans peu connus

Il se trouve cependant que les difficultés de déplacement sont déjà quotidiennement vécues, et qu’une demande de mobilité à portée de main, décente et fiable, se fait déjà insistante.

Des rapports d’enquête suggèrent que ces difficultés concerneraient 20 à 25 % de la population kinoise, le restant se déplaçant peu ou à pied, du fait du manque de possibilités. Ce qui signifierait qu’à termes, dans l’hypothèse prévisible du relèvement du niveau des revenus d’un plus grand nombre de la population sans amélioration notable de l’offre de déplacement, la problématique des déplacements à Kinshasa empirerait de manière inquiétante.

Que faire donc ?

Cette préoccupation autour de la congestion du trafic s’est tellement cristallisée que chacun y est allé de sa solution, et les suggestions les plus généralement entendues de la sagesse collective sont :

  • En premier : élargir les chaussées, créer des routes transversales, améliorer la qualité de conduite, faire cesser la légèreté dans la délivrance du permis de conduire, réhabiliter les avenues les plus fréquentées, arrêter l’érection des sauts-de-mouton et les déconstruire
  •  Ensuite : installer de meilleures signalisations, moduler les coûts de parkings payants pour restreindre l’accès des voitures personnelles au centre-ville, autant que possible encourager le travail, les courses et la scolarisation de proximité, promouvoir l’usage du vélo, encourager le transport par voie d’eau, encourager la réorganisation du travail en entreprises et organisations en décalant les heures, encourager le transport ferroviaire, exiger le contrôle technique à chaque véhicule, infliger les amendes consistantes en cas de contravention au Code de la route, tout particulièrement les cas de mauvais stationnement, de changement brusque d’itinéraire, de non-respect de sa bande de circulation, d’accélération brusque, de réparation du véhicule sur la voie publique…

En conclusion

À première vue, ces opinions vont en sens divers, mais à bien y regarder, elles suggèrent un faisceau de solutions qui pourraient s’avérer efficaces : la congestion des routes est un phénomène urbain qu’il ne sera pas possible de juguler totalement, mais qu’il faut combattre et réduire autant que possible, en recourant à toutes les mesures utiles de planification et d’aménagement des mobilités urbaines engageant toute la communauté. Chacun de nous a une partie de la solution à ce problème, les pouvoirs publics compétents devront être capables de décliner les priorités et coordonner les efforts susceptibles de déboucher à court terme sur des comportements et des réalisations qui, tout en contribuant déjà à la fluidité de la circulation, s’avéreront aussi être des prérequis ou des conditions-cadres réalisées dans la perspective de l’accomplissement des objectifs de moyen et long termes du PDTK.

Ceci dit, qui sont les acteurs majeurs à impliquer dans ce combat et quels seront leurs rôles respectifs ?

Nous tenterons d’y répondre dans la seconde partie de notre article.